Des hackers et du Q

Note à propos du dernier James Bond. Au demeurant plutôt réussi (au regard des canons du blockbuster moderne), le film échoue néanmoins à proposer une vision vraisemblable des hackers et autres geeks de service. Notamment destiné à introduire le nouveau personnage de Q (alias le geek de service, donc), le scénario se devait logiquement de comporter nombre de scènes où les protagonistes font des trucs démentiels sur des écrans 3D de la mort. C'était vraiment lamentable. (Attention spoiler.)

Le hacker

Tout commence par l'intrusion d'un vilain hacker dans le réseau du MI6. Celui-ci parvient alors à déclencher une explosion, détruisant le bureau de M et une grande partie des locaux adjacents, et tuant quelques figurants au passage (ce qui prouve bien que le hacker est méchant). Au même moment, M qui, comme prévu par le hacker, n'était pas dans son bureau, se voit diffuser une animation Flash très moche revendiquant l'attentat, et ce directement sur son PC portable.

Arrêtons-nous un instant pour prendre la mesure de ce hacker. Ce type peut faire apparaitre des animations Flash en plein écran sur n'importe quel ordinateur. Il peut pénétrer un réseau qui doit compter parmi les plus sécurisés au monde. Mais surtout, surtout, il peut déclencher des explosions via le réseau !

Que le MI6 ait pu ne serait-ce que penser à connecter son chauffage central (ou quoi que ce fut qui puisse exploser), avec son réseau informatique général, me laisse franchement dubitatif. Au pire, le système est piloté par un réseau parallèle isolé. Mais il n'est certainement pas connecté à Internet. Bordel ! Un piratage analogue a été tenté récemment, pour de vrai. Stuxnet ciblait les systèmes industriels iraniens (nucléaires notamment). Or ces systèmes ne sont PAS reliés au Net. La seule solution était donc de diffuser massivement le virus, jusqu'à ce que, par chance, un employé d'une centrale iranienne l'y introduise via une clé USB. La technique est longue et laborieuse, et ne permet naturellement pas de contrôle en temps réel par un hacker tout puissant.

Une fois de plus, les hackers de cinéma semblent posséder des raccourcis clavier magiques permettant de contrôler les grille-pains. Heureusement, le MI6 venait justement d'embaucher un petit nouveau bien à propos.

Le geek de service

Le nouveau Q se décrit lui-même comme un génie. Il se targue notamment de pouvoir faire cent fois plus de dégâts, en pyjama et à l'aide de son ordinateur, que Bond avec son Walther. Le bougre semble manifestement fort confiant dans ses capacités. Et de nous expliquer que les gadgets à la con, comme les stylos qui explosent (prends ça, Pierce Brosnan), c'est terminé. L'avenir est aux cyber-guerres. Autrement dit, à lui-même. Jeune boutonneux à lunettes, mais sans bouton, impeccablement rasé (voire imberbe) et possédant un débit de parole socialement acceptable. Après on s'étonnera que les filles énoncent sans cesse des absurdités telle que : Moi je kiffe trop les geeks ! Qui nous donne, après confrontation avec un geek standard : Je préfère les garçons beaux et athlétiques qui portent des lunettes. (J'ai lu ça quelque part et ne suis nullement concerné, étant moi-même beau et athlétique.)

Son boulot commence lorsque Bond rapatrie, après moult péripéties, le hacker, ainsi que son ordinateur magique, au nouveau QG du MI6. Q ne tarde pas à découvrir que la bécane du hacker est dotée d'un système de sécurité qui efface automatiquement les données dès qu'on tente de les lire sans autorisation. Et de rétorquer, lorsqu'on lui demande s'il saura quand même en tirer quelque chose, qu'il est l'inventeur dudit système. Je vois personnellement deux issues possibles à une telle affirmation :

  • Génial qu'il est, le système est inviolable, et sa carrière au MI6 semble compromise (pour avoir fourni des logiciels à des terroristes).
  • Le système est facilement contournable, et sa réputation risque d'en prendre un coup.

Ellipse narrative.

Aussitôt les données rendues accessibles, Q s'empresse de connecter la machine... directement sur le réseau du MI6. Je crois que cette scène se passe de commentaire. Il semble que Q soit le genre de type qui ouvrait les pièces-jointes nommées ILoveYou.exe, que de sombres inconnues lui envoyaient sur CaraMail. Le concept de cheval de Troie a visiblement été rangé dans le même placard que les stylos explosifs.

Avant que l'inévitable drame ne se produise, notre jeune ami a tout de même le temps de découvrir deux-trois bricoles dans les entrailles du bestiau. Notamment qu'il dispose d'une interface psychédélique à base de graphes animés en 3D (probablement une feature cachée de Windows 8). Cela n'impressionne gère le génie auto-proclamé, qui, à l'instar de Neo, semble parfaitement comprendre les imbitables caractères qui évoluent semi-aléatoirement sous ses yeux. L'informatique sera encore une fois réduite à un fantasme artistique, confortant l'humain lambda dans son insupportable tendance à considérer l'ordinateur comme une boîte magique.

Bref. Le PC du hacker finit fatalement par infecter le réseau. Toutes les portes du QG, y compris celles des cellules de prison, étant branchées sur ce même réseau, le méchant se fera donc la malle, au nez et la barbe (ou l'absence de barbe) de Q. Décidément, on n'arrête pas le progrès.

La suite délaisse les intrigues informatiques, décidément trop futiles pour faire l'objet d'un traitement crédible, au profit d'une bonne vieille séquence de baston. Sur ce, je m'en vais brûler quelques DVD de Opération Espadon pour me détendre.

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