Mac OS X pour les nuls

Comme son nom ne l'indique pas, ce billet n'est pas destiné à vous aider à utiliser Mac OS X. Non, ce billet est un compte-rendu de mon passage à OS X. Ça faisait plutôt longtemps qu'il me trottait dans la tête, et bah voilà, paf ! Autant prévenir tout de suite, il va pleuvoir du troll. D'ailleurs, pour ceux qui n'auraient pas le courage de tout lire, je vous livre directement ma conclusion : OS X est un système pensé exclusivement pour les noobs débutants (d'où le titre, tiens). Ceci étant dit, on peut y aller.

En avril dernier, j'ai donc sauté le pas en passant de mon vieux Windows XP (çapuecestpaslibre) à OS X (euh, pas mieux). A vrai dire, ce passage était principalement motivé par le besoin d'un portable, donc un besoin matériel (pas logiciel). Or, si vous vous souvenez bien, à cette époque, l'achat d'un portable était quasiment obligatoirement associé à une licence Vista en cadeau bonux, et ça, c'était simplement inenvisageable. Alors forcément, il y a toujours moyen de se procurer un PC sans OS, me direz-vous. Oui, mais pour mettre quoi dessus ? XP ? J'étais pas très chaud pour racheter une licence d'un système obsolète (du genre sorti en 2001, et presque plus supporté par Microsoft). Un Linux ? Ouais, alors non. Après avoir testé plusieurs distributions, j'en suis venu à la conclusion que Linux était un super bon jeu, mais pas encore vraiment un bon OS. Enfin bref, j'ai finalement complètement craqué, et pris un MacBook Pro. Avec OS X dessus, donc.

Sur le papier...

Sur le papier, OS X, ça a l'air vraiment super. D'après les Mac users (la grande majorité), il s'agit tout simplement du système ultime. OS X semble être à la fois ergonomique, performant, stable, et sécurisé. Je dois avouer être complètement tombé dans le panneau. Pire que ça, avant même d'avoir mon MacBook entre les doigts, je me souviens avoir défendu corps et âme le système d'Apple. Non mais franchement, un système UNIX, spécialement compilé pour le hardware Mac, et avec une interface graphique de ouf, c'est quand même méchamment bandant ! Du coup, je suis tombé de haut, mais alors vraiment de très haut...

Paye ta stabilité

Pour la faire courte : j'ai plus souvent planté en 2 semaines sous OS X qu'en 4 ans sous XP. Ça va du Cover Flow d'iTunes qui freeze sans raison, au Lecteur DVD qui freeze dès que le disque est un peu rayé (OK beaucoup rayé, mais c'est pas une raison), en passant par de bons petits kernel panic. Et quand je parle de freezes, c'est tout le système qui est bloqué, donc obligé de rebooter de force. J'en suis venu à me demander s'il n'y avait pas eu une couille lors de l'installation de l'OS (que je n'ai pas faite moi-même évidemment, Apple style). Et puis, après recherche sur le Net... Il parait que c'est normal. Ah ouais, mais aussi il faut comprendre, Léopard vient juste de sortir, il y a encore quelques bugs, holala.

Bon, je précise quand même qu'à l'heure actuelle (10.5.5[1]), ces bugs ont été corrigés (sauf celui du Lecteur DVD). Léopard semble désormais être relativement stable dans la plupart des situations. Enfin, pas de quoi sauter au plafond non plus, corriger les bugs c'est normal, sortir un OS avec autant de coquilles, ça l'est moins (mais c'est pas comme s'ils étaient les seuls).

Les logiciels qui vont bien

Passé ce coup de gueule sur la soit-disant stabilité du système, une fois OS X lancé, j'ai très vite voulu installer des logiciels. Le bon point, c'est qu'installer un logiciel sous OS X est d'une simplicité affligeante, du niveau d'un drag'n'drop dans le répertoire des applications (ou n'importe où ailleurs, d'ailleurs, mais l'organisation c'est bien). Le mauvais point, c'est qu'on installe... quoi. La question qu'on se pose est : où trouve-t-on plein de programmes gratuits pour OS X ? La réponse n'est pas DTC (-_-). La réponse est la suivante : vous vouliez dire des programmes payants, n'est-ce pas ? Non parce que bon, les freewares sur Mac, ça court pas les rues.

Il y a cependant une explication à cette lacune (attention, théorie personnelle). Le nombre de logiciels gratuits (ouverts ou non) disponibles sur une plateforme est fonction de 1. son nombre d'utilisateurs, 2. la facilité d'y développer des choses. Face à Windows, qui a le nombre d'utilisateurs, et Linux, dont la plupart des API sont ouvertes, OS X tient moins de 9% des parts de marché[2] avec un système propriétaire et fermé... Dans de telles conditions, il est tout à fait logique qu'on trouve peu de freewares sur cette plateforme. Ajoutons à cela que, pour une question d'image, cette situation convient tout à fait à Apple (toujours selon ma théorie perso). Quand on cherche à avoir une image classe et luxueuse, l'existence d'une tétra chiée de logiciels gratuits plus ou moins bien finis (qui pourraient mettre en péril la soi-disante stabilité, tiens) ne fait pas vraiment partie du plan. Par ailleurs, et pour couronner le tout, le passage aux processeurs Intel a rendu obsolètes un grand nombre de logiciels existant (même si les universal binaries atténuent un peu le phénomène).

D'autre part, lorsqu'on leur pose la question des logiciels sur OS X, la réponse préférée des Mac fans est qu'Apple fait des logiciels, qui eux, fonctionnent bien. En gros, soit t'utilises Safari, iChat, iTunes et iWork, soit tu retournes sur ton PC pourri (OK c'est légèrement caricaturé). Alors là, permettez-moi d'émettre un LOL magistral ! Safari ne gère pas les extensions et traine de sérieux problèmes de sécurité. iWork... n'est pas gratuit. iChat ne gère pas le protocole MSN. Franchement, à moins d'avoir un réseau d'amis constitué exclusivement de nerds, c'est juste impossible de se passer du protocole MSN (et ça me fait mal de dire un truc pareil, ouch) !

Enfin bref, tout ça pour dire que trouver des logiciels qui vont bien sur OS X, c'est vraiment la mouise. Dans le genre incontournables, Firefox et OpenOffice.org étaient effectivement disponibles, mais ne sont devenus réellement utilisables qu'à leur passage en version 3, c'est à dire respectivement en juin et octobre derniers (donc il n'y a pas si longtemps). Ces deux exemples illustrent parfaitement la difficulté de développer pour cette plateforme, puisqu'il en existait des versions natives Windows et Linux depuis plusieurs années déjà. Pour la messagerie instantanée, Adium fonctionne plutôt bien, mais faut oublier la vidéo-conférence. Comme éditeur texte, Smultron est vraiment à des années lumières d'un Notepad++. N'essayez même pas Gimp, c'est une catastrophe (sur Mac j'entends, X11 oblige). Et je vous parlerai des lecteurs multimédia plus loin. Etc, etc.

Au final, l'utilisation d'à peu près n'importe quel logiciel sous OS X se résume très souvent à faire un certain nombre de concessions sur les fonctionnalités. Enfin, je me console en me disant que j'ai toujours un terminal UNIX sous la main (console, terminal, lol), ou encore que Xcode est loin d'être le pire IDE du monde (Edit: en fait, je disais ça avant d'avoir vraiment essayé de l'utiliser... Il n'est pas si loin que ça d'être le pire IDE du monde).

Ergonomique... ta mère

J'ai honte, mais j'avoue avoir pris du plaisir rien qu'en imaginant la façon dont j'allais tailler l'ergonomie de Mac OS. La réputation d'OS X est tellement surfaite à ce niveau que c'en est simplement sidérant. On a même du mal à y croire quand on constate à quel point certains trucs sont affligeant d'innergonomie (ce mot n'existe pas mais je m'en fout).

Commençons par ce qui est sans doute le plus évident : la barre de menu unique. Sans me vanter, je suis plutôt ouvert d'esprit comme mec. J'aime bien chercher à comprendre pourquoi les choses sont conçues d'une manière plutôt qu'une autre, et si c'est pour de bonnes raisons, j'adopte sans problème de nouvelles habitudes. Alors là, j'ai cherché. Mais vraiment. Je lui ai trouvé une seule bonne raison d'exister : elle permet d'harmoniser la présentation des applications. Je vous jure, je me suis creusé, et c'est vraiment l'unique bonne raison... A opposer aux tonnes d'inconvénients qui en découlent. Franchement, j'aimerais savoir un truc. Est-ce qu'il y a des gens sur Terre qui travaillent avec deux putains d'écrans sous OS X ? Pour résumer, si on veut accéder aux menus d'une appli qui n'est pas ouverte sur l'écran qui comporte la barre de menu, il faut se taper des kilomètres avec la souris, c'est insupportable[3] !! Le problème se pose aussi avec un seul écran. Il est impossible d'accéder en un clic aux menus d'une appli qui n'est pas au premier plan, il faut d'abord lui donner le focus. En définitive, cette barre de menu est un vrai flingue à productivité !

Outre cette faute d'ergonomie monumentale, l'interface d'OS X traine pas mal de petits bugs très pénibles. Par exemple, cliquer sur un séparateur dans un menu ferme le menu... C'est vraiment super pratique, et surtout, ça n'arrive pas sans arrêt dès qu'on navigue un peu rapidement (vous reprendrez bien quelques kilomètres de souris supplémentaires). De manière générale, le glisser-déposer de fichiers engendre de sérieux cafouillages au niveau du focus des fenêtres du Finder, qui se mettent alors à clignoter. Dans le même genre, les drag'n'drop dans la corbeille sont parfois assez épiques (et on se retrouve avec le fichier copié sur le bureau).

Ah ! Pendant que j'y suis, j'aimerais vous parler d'un truc absolument énorme sous OS X : les fichiers cachés. Alors attention, ça n'a pas l'air comme ça, mais c'est vraiment très compliqué. Afin que vous compreniez mieux les tenants et aboutissants, il me semble important de vous raconter toute l'histoire. Une fois mon MacBook à peu près opérationnel, il était temps de produire des choses avec, c'est quand même à ça que ça sert. Créez un site web en quelques minutes, c'est ce qu'ils disent dans la pub. Faisons donc du développement web, me dis-je. C'est ainsi qu'arrive fatalement le moment où j'ai besoin de faire un .htaccess. Et là, c'est le drame :

Euh..

...Dit-il avec un air satisfait (non mais regardez le sourire narquois du Finder !). Mais WTF ?! On est sous UNIX, les fichiers qui commencent par un point sont des fichiers cachés, OK, mais depuis quand les fichiers cachés sont-ils réservés au système ? Bon alors, pas de panique, je pars à la recherche de l'option qui permet d'afficher ces foutus fichiers cachés... Second drame : cette option n'existe pas ! Je veux bien être gentil des fois, mais faut pas pousser mémé dans les orties. Qui, chez Apple, a pu, en son âme et conscience, décider que cette option ne devait pas faire partie de l'interface ? Quel est l'espèce de sombre crétin qui s'est réveillé, un matin, en se disant que cette fonction serait inutile aux utilisateurs de Macs ? Non mais sans déconner. Je sais même plus quoi dire. C'est aberrant. Effarant. Mais bref, pour ceux qui se demanderaient comment on affiche les fichiers cachés sous OS X, il faut faire ça en ligne de commande, ou passer par un utilitaire (genre OnyX), c'est très chiant.

Voilà voilà.

Dans un souci d'objectivité, j'ajoute que certains trucs sont quand même bien foutus dans OS X. Je citerai notamment Spotlight, Spaces (piqué chez Linux, mais c'est fait pour), Exposé, ou encore Dashboard (qui évite aux widgets de trainer sur le bureau, comme sous Vista). Je n'entre pas dans les détails, vous pourrez toujours aller faire un tour sur des forums de Mac fans si vous voulez entendre louer la toute puissance de ces fonctionnalités.

Vidéo, owh, owh, owh

Nous abordons ici un point capital pour tout système d'exploitation digne de ce nom : la lecture de fichiers multimédia. OS X se ventant d'être le système familial par excellence, je ne me faisais pas trop de souci. Grosse erreur ! Quand on installe un Linux, on se pose la question de savoir si on n'aura pas trop de mal à lire des fichiers encodés dans des formats propriétaires (en wmv par exemple), et généralement, on est agréablement surpris. Avec OS X, on ne se pose pas la question, et on est, de fait, très déçu. Pour être franc, j'ai la nette impression que la stratégie de guerre d'Apple contre Microsoft consiste à empêcher coûte que coûte toute chose ayant plus ou moins un rapport avec la firme de Redmond de fonctionner sur ses machines, et ce au détriment des utilisateurs, évidemment.

Nous avons déjà parlé du protocole MSN plus haut, et bien on se retrouve dans la même mouise en ce qui concerne les formats d'encodage made in Microsoft. Je ne parle pas du wma, tout le monde s'en fout, ce format est quasiment mort (quoi qu'il en soit, j'en ai pas vu depuis des lustres). Ce n'est malheureusement pas le cas du wmv, qui doit à vue de nez encoder 50% des vidéos qu'on trouve sur le Net[4]. Quoi qu'il en soit, on se retrouve toujours avec une vidéo wmv qui traine dans un coin, et qu'on voudrait bien pouvoir regarder. Et c'est malheureusement là que le bât blesse. Il est absolument impossible de lire ce format sous OS X à sa sortie de la boîte.

Alors bon, on se dit que ce n'est pas grave, et qu'il existe sûrement des solutions simples pour remédier au problème. On pourrait, par exemple, utiliser VLC ? Oui, alors effectivement... ça marche... mais mal. Le programme nous sort gentiment une erreur dès qu'on déplace le curseur de lecture, quand il ne nous plante pas simplement à la gueule (et évidemment, ces symptômes n'apparaissent que quand on lit du wmv). Je passe sur la relative lenteur de VLC, qui nous renvoie aux problèmes de développement sur OS X déjà évoqués.

On pourrait également installer un codec pour QuickTime ? Haha, nous y voilà. D'abords, avec QuickTime, on ne parle pas de codecs, mais de composants (mais osef, c'est pour votre culture personnelle). Le problème est qu'il n'existe pas de composant permettant au lecteur d'Apple de décoder nativement le wmv... A la place, on utilise un petit programme, développé par Microsoft, nommé Flip4Mac. Dans le principe, le fait que Microsoft fournisse un outil gratuit pour décoder ses propres formats est complètement génial. Seulement voilà, Flip4Mac ne se comporte pas comme un codec, il décode simplement le film avant de le refiler à QuickTime dans un format qu'il sait lire. Par conséquent, une barre de progression nous fait péniblement patienter le temps du décodage... Et sur des vidéos de 400 Mo, et ben paye ta réactivité[5]. Par ailleurs, je ne m'attarderai pas sur l'ergonomie spécialement foireuse de QuickTime, parce que d'une part, on y passerait des heures, et d'autre part, j'aurai dû faire ça dans le paragraphe sur l'ergonomie.

Bref, lire du wmv sous OS X, c'est très chiant, et pas du tout user friendly.

Conclusion

Ce billet étant décidément beaucoup trop long, je vais arrêter là. Cependant, à destination des mauvaises langues et autres trolleurs professionnels, je voudrais éclaircir une ou deux choses. Je n'ai énuméré ici que les points les plus noirs d'OS X, à contrario des trop nombreux éloges qu'on peut trouver sur le Net. J'ai réellement le sentiment qu'une sorte de langue de bois est installée autour de ce système. Il me semble que les utilisateurs de Macs ont sérieusement tendance à en faire des tonnes en ce qui concerne les fonctionnalités intéressantes, et à passer sous silence celles qui le sont moins. En outre, j'aurais aimé être informé de toutes ces choses avant l'achat de mon MacBook.

Reste qu'OS X est loin d'être un système complément pourri. Il est tout à fait entendu qu'il n'est, globalement, pas pire que ses concurrents propriétaires. On peut, en revanche, se poser sérieusement la question de l'échanger contre une distribution Linux (puisqu'au moins, on pourra jouer avec). En ce qui me concerne, je ne conseillerais pas OS X, excepté aux technophobes, et aux gens ayant le niveau informatique de ma grand-mère.

Ceci étant dit, bonsoir et bonne année 2009.

Notes

[1] La 10.5.6 vient de sortir, mais la flemme de tout re-tester.

[2] En novembre 2008, d'après Net Applications.

[3] Le premier qui me parle des raccourcis clavier, je lui fais bouffer son clavier. Non, non et non, on ne peut pas tout faire avec des raccourcis clavier, c'est impossible.

[4] En dehors du streaming (et ça veut pas dire pour autant que le Flash vaut mieux que le wmv (ça, c'est fait)). Pour ce qui est des 50%, je les sors de mon chapeau. J'ai pas trouvé de statistiques là dessus, je base ce chiffre sur mon expérience personnelle.

[5] Ici, pour le coup, impossible de savoir si ce comportement a été sciemment choisi par Microsoft, ou si l'on revient encore et toujours à la difficulté de développer pour OS X. Dans le doute, tapons joyeusement sur les deux intéressés.

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