Toujours sur Fessebouc ?

Dans les épisodes précédents : Facebook décide de tracer ses utilisateurs partout sur le Net via son bouton Like, et de rendre publiques par défaut les données personnelles et les publications. Des tas de geeks pas contents hurlent au Big Brother, et annoncent vouloir quitter le réseau social ; certains le font. Facebook revient un peu sur sa politique de confidentialité. Tout le monde est content (ou presque), et on organise des apéros géants pour oublier fêter ça. Et maintenant, où en est-on ?

Fessebouc

C'est un peu la fin de la crise pour Facebook. On en oublierait presque que l'enfant terrible du Net continue tranquillement son business avec 400 millions d'utilisateurs en stock. Si la tempête médiatique est passée, tous les trucs qui m'avaient décidé à ne plus mettre les pieds là-bas sont toujours d'actualité. Je pense notamment au traçage des utilisateurs, recoupé avec les informations privées contenues dans les profils, le tout centralisé sur les serveurs d'une entreprise pas franchement digne de confiance.

Cependant, après un mois d'abstinence, je constate une chose : le réseau social est devenu un élément intégré (et intégrant) de notre vie sociale ! Je parle ici du réseau social dans son concept, pas de Facebook en particulier (même si c'est équivalent pour 99% des gens). Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est indispensable, mais il semble tout de même assez important pour que s'en passer conduise à une certaine exclusion. Il me semble tout à fait logique que le QuitFacebookDay ait fait un flop. Quitter Facebook n'est pas anodin, c'est un choix qui peut se matérialiser dans la question suivante :

Faut-il vendre une partie de sa vie privée ou amputer sa vie sociale ?

Outre le fait d'être un bon sujet de philo pour le Baccalauréat, cette question n'a, pour la majorité des utilisateurs, pas lieu d'être. Pourquoi abandonner un moyen de communiquer avec ses amis de façon efficace et sympa, sous prétexte que, dans le cas improbable où des hackers chinois rendraient publique la base de Facebook, le type de l'entretient d'embauche pourrait savoir que vous étiez sur YouPorn le 17 juin à 15H42 ? Pas besoin d'un dessin, vous vous foutez royalement des hackers chinois lorsque la fille dont vous rêvez la nuit vous envoie un poke pour la première fois.

Nous troquons régulièrement des informations personnelles contre des services sur Internet ; nous savons intuitivement que Gmail et Dailymotion ne sont pas réellement gratuits. Nous n'aurions donc aucune raison de rejeter Facebook, si ce n'est que ses conditions de troc sont aux limites de l'éthique.

Korben CC By-Sa

Malgré tout, beaucoup d'utilisateurs de Facebook semblent avoir été interpelés par le tollé général. Si le nombre de comptes supprimés est négligeable, on peut désormais constater une certaine anonymisation des profils. Devant l'absence d'alternative valable — j'y reviendrai — les utilisateurs auront finalement décidé de continuer à profiter du réseau, mais en renseignant un minimum d'informations, voire en utilisant un pseudonyme. Bien sûr, le réseau perd de son intérêt, mais on a de nouveau l'impression d'être protégé. Par ailleurs, un réglage avisé des paramètres de confidentialité, et la déconnexion systématique avant de quitter le service, autorisent l'utilisation de Facebook de façon relativement tolérable.

Reste l'épineux problème de la centralisation. Si nos données personnelles (que nous avons soigneusement épurées) ne sont apparemment consultables que par nos amis, notre profil n'en reste pas moins hébergé chez Facebook. Or rien, absolument rien, ne justifie qu'une telle quantité d'informations soit regroupée au même endroit. Cela donne de facto a Facebook un contrôle absolu sur nos profils, et on a déjà pu constater qu'il lui arrivait de l'exercer (ce contrôle) de façon plutôt discutable[1]. Si vous avez peur des hackers chinois, pas de panique, ils n'ont très certainement rien à carrer de votre score à Paf le chien. Néanmoins, comme nous sommes 400 millions de colocataires, il est fort probable qu'ils tentent tout de même quelque chose. La décentralisation EST le concept fondateur d'Internet ; Facebook, c'est du Minitel 2.0 en puissance !

What next?

Je suis convaincu que le réseau social est un outil formidable. Il manque clairement une alternative à Facebook, capable de supporter notre vie en ligne dans la confiance et le respect de la vie privée. Plusieurs projets sont en cours de développement dans cette optique, notamment MOVIM et Diaspora. Ces projets devraient permettre de construire des réseaux sociaux de type Facebook, mais décentralisés (et libres, tant qu'à faire).

Concrètement, on installera le moteur de réseau social chez soi, créant ainsi un nouveau nœud du réseau. Ce nœud pourra héberger un ou plusieurs profils. Idéalement, chaque nœud ne devrait héberger qu'un seul profil, ou, à la rigueur, les profils des membres d'une même famille. Compte tenu du fait que la mise en place du nœud nécessitera quelques connaissances techniques, on peut imaginer que se faire héberger chez son pote geek n'est pas en désaccord avec l'idée de décentralisation. Quant au matériel nécessaire (une machine connectée au Net 24/24), nous nous souviendrons peut-être un jour que nous avons tous une machinbox qui ferait parfaitement l'affaire, pour peu qu'elle dispose d'un espace de stockage et de l'autorisation d'exécuter un OS léger.

En réalité, il n'existe à ce jour aucune contrainte technique qui empêcherait le déploiement d'un réseau social décentralisé. Comme bien souvent, ce sera une question de volonté. Volonté pour les utilisateurs de passer à autre chose, alors que, dans l'absolu, Facebook remplit très bien son rôle. Je crois malheureusement que le développement des réseaux sociaux décentralisés sera un chemin de croix comparable à celui de GNU/Linux dans le monde des PC vendus avec Windows.

C'est sur cette note pessimiste que je terminerai ce billet. Malgré tout, je vais suivre de très près les projets sus-cités, les tester, et sans doute proposer d'héberger les profils de mes amis...

Sources

Note

[1] Je vous invite à suivre les deuxième et troisième liens des sources, qui donnent plusieurs exemples édifiants.

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